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15/12/2004 : Alexander FLEMING et la Pénicilline

Alexander FLEMING (1881 – 1955) et la Pénicilline, par Alain MARCHAL

 

Il est intéressant d'apprendre que la chance d'un petit héritage permit à FLEMING de quitter un emploi dans une compagnie de navigation pour entreprendre des études de médecine, qu'il choisit une école de médecine pour avoir rencontré son équipe de water-polo et qu'il est accueilli dans un service de bactériologie pour garder ce sportif écossais, champion de tir, dans l'équipe de St Mary's Hospital. Il y fera toute sa carrière.

 

En 1922, à cause d'un mauvais rhume, FLEMING découvre le lysozyme dans le mucus nasal, le sien, malencontreusement projeté sur une culture de Micrococcus, qui s'en trouve lysée. La découverte de cet antibactérien naturel est reçue très fraîchement par ses collègues médecins. La reconnaissance ne vint que plus tard, en 1930, grâce à Jules BORDET, savant belge et ancien élève de l'Institut Pasteur.

 

En 1928, FLEMING observa un incident curieux… rappelant celui du lysozyme. Une fenêtre ouverte, une boîte de Pétri découverte et exposée au courant d'air: la culture de staphylocoque est contaminée par une moisissure, Penicillium notatum, qui "dissout" les colonies du microbe les plus proches.

FLEMING était convaincu de se trouver en présence d'un phénomène d'antibiose, cité en 1889 par le français VUILLEMIN. Le chirurgien écossais LISTER avait observé dans une urine un phénomène semblable: il pensait à une compétition entre microbes et moisissure (Note du 25/11/1871). En 1877, PASTEUR et JOUBERT avaient observé que le bacille charbonneux, inoculé en même temps que certaines bactéries inoffensives, ne produisait pas la maladie. Ils parlaient alors d'antagonisme. En 1897, le docteur DUCHESNE à Lyon soutenait une thèse intitulée: Contribution à l'étude de la concurrence vitale chez les micro-organismes – Antagonisme entre les moisissures et les microbes", étude restée sans suite.

Essais de la Pénicilline in vivo :

FLEMING croyait en son jus de moisissure, actif in vitro sur staphylocoques et streptocoques à des dilutions du 1/500ème ! En 1929, FLEMING teste son produit sur la conjonctive de l'œil, en lavage de sinus infecté: succès et aucun effet toxique ni irritant sur les tissus. De même en 1933 sur une conjonctivite.

L'avènement des sulfamides :

Expliquant l'activité in vivo seulement sur les streptocoques du Prontosil de la firme BAYER, TREFOUEL (Mr et Mme), BOVET et NITTI décrivent le métabolite actif : le para-amino-phényl-sulfamide. Le fabuleux succès des sulfamides reléguait au second plan la "pénicilline" de FLEMING toujours non purifiée.

 

Les chimistes au secours du bactériologiste :

Howard Walter FLOREY, chimiste et pathologiste britannique exerce à Oxford. Un de ses collaborateurs, le Dr ROBERTS réussit en 1937 à obtenir le lysozyme à l'état pur. FLOREY accueille Ernst Boris CHAIN, biochimiste et pathologiste allemand ayant fui le régime nazi, qui élucida rapidement le mode d'action du lysozyme. Lors de ses recherches bibliographiques, il fut très intrigué par les publications de 1929 sur la pénicilline par A.FLEMING. Il s'attacha alors à la standardisation des conditions de culture pour sa préparation, à sa concentration par lyophilisation (technique récente, que n'ont pas expérimentée ses prédécesseurs), à sa purification par l'alcool méthylique et sa re-lyophilisation. Les souris sont à nouveau mises à contribution pour des essais d'innocuité.

La pénicilline était enfin concentrée, purifiée et stabilisée par cette méthode, utilisée jusqu'en 1946 par l'industrie pharmaceutique. Le produit était mille fois plus actif que la pénicilline brute (le jus de moisissure) et dix fois plus puissant que le plus actif des sulfamides. Plus tard, des purifications plus poussées gagneront encore un facteur mille sur les premiers échantillons de CHAIN.

 

Des souris et des hommes :

FLOREY et CHAIN expérimentent en mai et juillet 1940 leur précieuse et rare pénicilline purifiée et améliorent la posologie à plus faibles doses mais répétées. FLEMING, informé par la presse scientifique, vint à Oxford pour rencontrer CHAIN. Fin 1940, FLOREY décide de produire à Oxford de plus grandes quantités de Pénicilline, 500 litres par semaines… de façon à pouvoir traiter 5 à 6 patients après plusieurs mois de production, concentration, extraction, purification.

Les essais cliniques sur des patients, en général très jeunes, sont des succès mais les firmes pharmaceutiques anglaises ne se risquent pas à produire cette pénicilline.

Aux Etats-Unis en juin 1941, FLOREY et HEATLEY retrouvèrent Charles THOM, qui avait identifié le Penicillium notatum de FLEMING en 1928 ! Ce laboratoire gouvernemental utilisait un Penicillium…pour la destruction de déchets agricoles issus du maïs. Ils acceptèrent d'essayer le P.notatum, producteur de la précieuse pénicilline D'emblée les rendements sont vingt fois supérieurs à ceux de l'équipe d'Oxford. HEATLEY reste aux USA développe essais et production (Merck, Squibb, Pfizer), tandis que FLOREY intensifie la production à Oxford.

Plusieurs traitements sont entrepris, tous avec succès: enfin FLEMING réussit à convaincre les laboratoires anglaises I.C.I., Kempball, Bishop puis Glaxo de se lancer dans la production industrielle.

 

Guerre et santé :

A partir de 1943, des quantités intéressantes de pénicilline sont disponibles pour les armées et vont sauver de nombreux blessés et opérés, puis autorisées au profit des civils victimes de bombardements.

 

Le savant honoré :

En juillet 1944, le roi accordait au couple FLEMING les titres de Sir et de Lady FLEMING; puis toutes les distinctions affluent En France, .invité par le gouvernement, il fut reçu par Pasteur-Vallery-Radot, Jacques Trefouël, alors directeur de l'Institut Pasteur, Pierre Lépine, puis par le général de Gaulle: il est nommé commandeur de la Légion d'honneur.

Le 25 octobre 1945, un télégramme de Stockholm l'informe de l'attribution du Prix Nobel de médecine, en même temps qu'à FLOREY et CHAIN, décerné officiellement le 9 décembre, arborant la seule Légion d'honneur.

 

Les voyages :

FLEMING reviendra en France en novembre 1946, pour le 50ème anniversaire de la mort de Pasteur. Le 23 novembre par train spécial parmi 80 savants de 18 nationalités (aucun allemand), dont CHAIN et FLOREY, FLEMING se rend à Dole, puis Arbois, et enfin Paris et l'Institut Pasteur. A Dole, accueillis par Ch. LAURENT-THOUVEREY, maire, et Monsieur Auguste VENTARD, pour la Société des Amis de la Maison natale de Pasteur. Mr TREFOUËL, directeur de l'Institut Pasteur, préside la délégation scientifique et retrace la vie scientifique du grand savant et ses découvertes, tandis que c'est à Louis PASTEUR-VALLERY-RADOT que revient l'honneur de retracer la vie de son illustre parent. C'est lors de cette visite qu'Alexander FLEMING remit au maire de Dole un médaillon portant la souche du fameux Pénicillium, qui se trouve exposée actuellement à la maison natale de Pasteur.

Fin 1948, voyage en Espagne avec tous les honneurs officiels et de la population, Barcelone, Monserrat, Séville, Tolède, Cordoue, Xérès, Madrid… des réceptions fabuleuses !

 

Son épouse Sareen, très malade, ne l'accompagne plus dans ses voyages: en 1949, Rome et le Vatican, puis à nouveau les Etats-Unis. Elle décéda le 22 novembre 1949, après 34 ans de vie commune et de partage des efforts, des joies, des déceptions et enfin du succès.

Désemparé et brisé, FLEMING se réfugiait au laboratoire, étudiant les effets curieux de la pénicilline sur le Proteus mirabilis, qui prenait alors les formes les plus inattendues voire monstrueuses

Du 1er octobre 1946 au 15 décembre 1951, FLEMING accueillit dans son laboratoire une jeune grecque, bénéficiaire d'une bourse du British Council, le docteur Amalia VOUREKA, pour qui il eu beaucoup de sympathie et dont il s'éprit véritablement… En 1952, il visite la Grèce selon un programme organisé par Amalia, à qui il demanda de l'épouser… le dernier soir avant son retour. Le mariage fut prévu après un retour de l'Inde, le 9 avril 1953. Voyage à Cuba. Le couple s'installe en Angleterre.

En 1955, FLEMING démissionne de principal à l'Institut… tout en conservant son laboratoire de travail. Ses forces s'amenuisent mais il conserve une activité intellectuelle et mondaine intacte. Il décède brusquement le 11 mars 1955 dans son appartement de Chelsea.

Enterré dans la crypte de St Paul, aux côtés de Nelson et de Wellington !

 

S'il aimait rappeler que le hasard était à l'origine de ses découvertes du lysozyme et de la pénicilline, il s'empressait de citer la phrase célèbre de PASTEUR: "Le hasard ne favorise que les esprits préparés".

Date : 15/12/2004

Lieu : Atelier PASTEUR, 27, rue de la Sous-Préfecture, dans l'ancien couvent de la Visitation, à Dole

Horaire de début : 18H30
Horaire de fin : 19H30


Entrée libre

Intervenant principal :